Effet de levier financier:
L’effet de levier financier désigne l’influence de l’endettement sur la rentabilité des capitaux propres d’une entreprise. Lorsque l’entreprise emprunte à un taux inférieur à la rentabilité qu’elle tire de ses investissements, la différence profite aux actionnaires et la rentabilité financière augmente : le levier est positif. Dans le cas contraire, l’endettement dégrade cette rentabilité, et l’on parle alors d’effet de massue.
Rentabilité économique et rentabilité financière
- La rentabilité économique (Re) mesure la performance de l’ensemble des capitaux investis, capitaux propres et dettes financières, indépendamment de leur mode de financement : elle rapporte le résultat d’exploitation aux capitaux engagés.
- La rentabilité financière (Rf) mesure ce que rapportent les capitaux apportés par les actionnaires : elle rapporte le résultat net aux capitaux propres.
L’effet de levier explique l’écart entre ces deux rentabilités.
La formule
En notant i le taux d’intérêt moyen des dettes financières, D les dettes financières, CP les capitaux propres et t le taux de l’impôt sur les sociétés, la relation s’écrit :
Rf = [Re + (Re − i) × D/CP] × (1 − t)
Le terme (Re − i) × D/CP est l’effet de levier. Il dépend de deux éléments : l’écart entre la rentabilité économique et le coût de la dette, et le levier d’endettement, c’est-à-dire le rapport entre dettes financières et capitaux propres. Si Re est supérieure à i, plus l’entreprise est endettée, plus la rentabilité financière s’élève ; si Re est inférieure à i, l’endettement la fait baisser.
Un exemple fictif
Prenons une entreprise, avant impôt, dont la rentabilité économique est de 10 %, qui emprunte à 4 % et dont les dettes financières égalent les capitaux propres (D/CP = 1). Sa rentabilité financière atteint 10 + (10 − 4) × 1 = 16 %, contre 10 % si elle ne s’était pas endettée. Si sa rentabilité économique tombe à 2 %, sa rentabilité financière devient 2 + (2 − 4) × 1 = 0 %, alors qu’elle serait restée à 2 % sans dette : c’est l’effet de massue.
Le revers : le risque financier
Le levier amplifie les variations de la rentabilité économique : il accroît la rentabilité financière quand l’activité est bonne, mais accentue sa chute quand elle se dégrade. Cette variabilité accrue est appelée risque financier. Un endettement élevé alourdit aussi les charges d’intérêts, qui restent dues quelle que soit la conjoncture, augmente le risque de défaut et la dépendance envers les prêteurs, qui peuvent imposer des clauses restrictives. Banques et analystes surveillent donc des ratios comme le rapport entre dettes financières et capitaux propres.
Limites et débats
La formule suppose un coût de la dette et une rentabilité économique stables, ce qui n’est jamais tout à fait le cas : un emprunteur plus endetté paie généralement un taux plus élevé. En théorie financière, Franco Modigliani et Merton Miller ont montré en 1958 que, dans un marché parfait et sans impôt, la structure de financement ne modifie pas la valeur de l’entreprise : la hausse de la rentabilité attendue par les actionnaires ne fait que compenser la hausse de leur risque. La déductibilité fiscale des intérêts et les coûts liés aux difficultés financières expliquent pourquoi les entreprises recherchent malgré tout un niveau d’endettement jugé raisonnable. L’effet de levier financier ne doit pas être confondu avec le levier opérationnel, qui mesure la sensibilité du résultat d’exploitation aux variations du chiffre d’affaires.



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