Subventionnements croisés

On parle de subventionnements croisés lorsqu’un mauvais calcul des coûts fait supporter à certains produits une partie des charges qui reviennent en réalité à d’autres. Le coût des premiers est alors surestimé et celui des seconds sous-estimé d’autant : les produits « surchargés » subventionnent, sans que personne ne le sache, les produits « allégés ». Le phénomène est bien connu en comptabilité de gestion et fausse les décisions de prix et de gamme.
D’où vient le problème
Les charges directes (matières, main-d’œuvre propre à un produit) s’affectent sans difficulté. Les charges indirectes, en revanche, doivent être réparties entre les produits à l’aide de clés de répartition ou d’unités d’œuvre : heures de main-d’œuvre, heures-machine, quantités produites, etc. Si l’unité d’œuvre choisie ne reflète pas ce qui provoque réellement les charges, la répartition est faussée.
Deux exemples classiques
- Main-d’œuvre ou machines. Dans un atelier qui emploie à la fois du personnel et des machines, une répartition fondée sur les seules heures de main-d’œuvre charge peu les produits qui consomment beaucoup de temps-machine et peu de travail humain. Ceux-ci paraissent moins coûteux qu’ils ne le sont ; les produits à forte main-d’œuvre supportent la différence.
- Grandes et petites séries. Lorsque les charges sont réparties selon les volumes produits, sans tenir compte du nombre de séries lancées, les grandes séries absorbent une part excessive des coûts de réglage, de lancement ou de contrôle, qui sont pourtant provoqués par la multiplication des petites séries. Les grandes séries subventionnent alors les petites. Ce cas a longtemps été relevé dans l’industrie automobile.
Les conséquences pour l’entreprise
Des coûts faux conduisent à des décisions fausses :
- des prix de vente trop élevés pour les produits surchargés, sur lesquels les concurrents peuvent attaquer ;
- des prix trop bas, voire à perte sans le savoir, pour les produits sous-évalués ;
- des choix de gamme erronés : abandon de produits en réalité rentables, développement de produits qui détruisent de la marge ;
- une perte de crédibilité des coûts calculés auprès des responsables opérationnels.
Comment les limiter
La première réponse consiste à choisir des unités d’œuvre qui expliquent réellement la consommation de ressources dans chaque centre d’analyse, quitte à en retenir plusieurs. La méthode des coûts par activités (ABC, pour Activity Based Costing), développée dans les années 1980 notamment par Robin Cooper et Robert Kaplan, va plus loin : elle répartit les charges selon les activités réellement consommées par chaque produit, grâce à des inducteurs de coût comme le nombre de lots, de commandes ou de références. Elle met souvent en évidence le coût réel des petites séries et des produits complexes.
Un sens voisin en économie
En économie et en régulation, l’expression désigne aussi la situation où une entreprise finance une activité déficitaire grâce aux bénéfices d’une autre, par exemple dans les services publics en réseau. Ce financement peut être voulu, comme la péréquation tarifaire, ou interdit lorsqu’il fausse la concurrence. Le sens comptable décrit ci-dessus est, lui, toujours involontaire.




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