Insider/outsider
La théorie insider/outsider est une explication du chômage et de la rigidité des salaires : elle distingue les salariés déjà en poste dans une entreprise, les insiders, et les personnes extérieures, chômeurs ou candidats à l’embauche, les outsiders. Elle a été formulée dans les années 1980 par les économistes Assar Lindbeck et Dennis Snower, qui l’ont exposée dans leur ouvrage The Insider-Outsider Theory of Employment and Unemployment, publié par MIT Press.
Le paradoxe de départ
Selon le raisonnement économique le plus simple, un chômage élevé devrait faire baisser les salaires : des chômeurs prêts à travailler pour moins cher devraient concurrencer les salariés en place. Or l’observation montre que les salaires réels résistent souvent à la baisse, même en période de chômage de masse. La théorie insider/outsider cherche à expliquer cette rigidité.
Les coûts de rotation de la main-d’œuvre
L’argument central repose sur les coûts de rotation : remplacer un salarié coûte cher à l’entreprise. Il faut recruter, sélectionner, former, parfois verser des indemnités de licenciement, et accepter une période pendant laquelle le nouveau venu est moins productif. Les insiders peuvent aussi refuser de coopérer avec des recrues embauchées à moindre coût, voire les mettre en difficulté, ce qui réduit l’intérêt de la substitution.
Ces coûts donnent aux salariés en poste un pouvoir de négociation. Ils peuvent obtenir un salaire supérieur à celui qu’accepteraient les outsiders, tant que l’écart reste inférieur à ce qu’il en coûterait à l’entreprise de les remplacer. Les syndicats, qui représentent surtout les insiders, renforcent ce pouvoir.
Conséquences sur le chômage
La théorie a plusieurs conséquences importantes :
- les salaires sont fixés en fonction des intérêts des insiders plutôt que de l’état général du marché du travail ;
- les outsiders ne parviennent pas à faire valoir leur disposition à travailler pour un salaire plus bas, même s’ils le souhaitent ;
- après un choc économique qui détruit des emplois, les personnes licenciées deviennent des outsiders et le nombre d’insiders diminue durablement : le chômage peut alors persister bien après la fin du choc.
Ce dernier mécanisme rejoint la notion d’hystérésis du chômage, développée à la même époque, notamment par Olivier Blanchard et Lawrence Summers, pour expliquer la persistance d’un chômage élevé en Europe dans les années 1980.
Portée et limites
La théorie insider/outsider a contribué à éclairer la segmentation du marché du travail entre emplois stables et emplois précaires, et elle a nourri les débats sur la protection de l’emploi et sur la négociation salariale. Elle est cependant discutée : le pouvoir des insiders varie fortement selon les pays, les secteurs et le taux de syndicalisation, et d’autres facteurs, comme les salaires d’efficience ou les politiques macroéconomiques, pèsent aussi sur le niveau du chômage. Elle constitue aujourd’hui une pièce parmi d’autres de l’analyse du marché du travail.



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