Randomisation (ou Randomization)

La randomisation (de l’anglais randomization) est le procédé qui consiste à confier au hasard une décision : l’attribution des sujets aux groupes d’une expérience, le choix des individus d’un échantillon ou l’ordre dans lequel des mesures sont effectuées. En statistique et en recherche, elle est le moyen le plus sûr d’obtenir des groupes comparables et d’éviter que le résultat d’une étude ne reflète les choix de l’expérimentateur plutôt que l’effet que l’on cherche à mesurer. On parle aussi de répartition aléatoire ou de tirage au sort.
D’où vient le mot ?
Le mot anglais random (« au hasard ») descend de l’ancien français randon, qui désignait un élan, une course impétueuse ; c’est le même mot qui a donné « randonnée ». Le terme a fait le trajet inverse au XXe siècle, quand la statistique anglo-saxonne s’est imposée : « randomisation » et « randomisé » sont aujourd’hui d’usage courant dans les publications scientifiques en français, à côté d’« aléatoire ».
Pourquoi confier une décision au hasard ?
Le principe a été formalisé par le statisticien britannique Ronald Fisher à partir de ses expériences agricoles des années 1920 et dans son ouvrage The Design of Experiments (1935). Si l’expérimentateur choisit lui-même quelle parcelle reçoit quel engrais, ou quel patient reçoit quel traitement, il peut, même sans le vouloir, favoriser un groupe : c’est le biais de sélection. Le tirage au sort répartit en moyenne de façon équilibrée tous les facteurs, connus ou inconnus, susceptibles d’influencer le résultat. Il fonde aussi le raisonnement statistique : puisque l’affectation est aléatoire, on peut calculer la probabilité d’observer une différence donnée si le traitement n’avait aucun effet.
La randomisation dans les essais cliniques
L’essai contrôlé randomisé est devenu la référence pour évaluer un traitement. L’essai de la streptomycine contre la tuberculose, mené au Royaume-Uni en 1948 par le Medical Research Council, est généralement cité comme le premier essai clinique randomisé moderne. Plusieurs techniques existent :
- la randomisation simple, équivalent d’un jeu de pile ou face pour chaque sujet ;
- la randomisation par blocs, qui garantit des effectifs équilibrés entre groupes au fil des inclusions ;
- la randomisation stratifiée, qui équilibre les groupes sur un critère important (âge, sexe, centre d’étude) ;
- la randomisation en grappes, où ce sont des écoles, des villages ou des services entiers qui sont tirés au sort.
Elle se combine souvent avec l’insu (ou « aveugle »), qui cache aux participants et aux évaluateurs le groupe attribué.
La randomisation dans les sondages
L’échantillonnage aléatoire est une autre application : chaque individu de la population a une probabilité connue d’être sélectionné. Cette propriété permet d’estimer sans biais une proportion ou une moyenne et de lui associer une marge d’erreur. L’échantillonnage peut être simple, stratifié ou en grappes, selon la même logique que dans les essais.
Comment tirer au sort concrètement ?
Historiquement, on utilisait des pièces, des dés ou des tables de nombres aléatoires imprimées. Aujourd’hui, ce sont des générateurs de nombres pseudo-aléatoires informatiques, des listes de randomisation préparées à l’avance et conservées sous enveloppes scellées, ou des systèmes centralisés qui attribuent le groupe à distance. À l’inverse, l’alternance (un patient sur deux), la date de naissance ou l’ordre d’arrivée ne constituent pas une randomisation : ces règles sont prévisibles et ouvrent la porte aux biais.

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