SCP

Le modèle SCP, pour Structure – Comportement – Performance (en anglais Structure – Conduct – Performance), est le cadre d’analyse fondateur de l’économie industrielle. Il pose que la structure d’un marché détermine le comportement des entreprises qui y opèrent, et que ce comportement détermine à son tour leurs performances. On le désigne aussi par la formule Structure – Conduite (ou stratégie) – Performance. Introduit dans les années 1930 par l’économiste américain Edward Mason, à Harvard, puis développé par son élève Joe Bain, il a longtemps constitué le paradigme de base de la discipline.
Les trois maillons du modèle
- La structure décrit les caractéristiques durables du marché : nombre et taille des vendeurs et des acheteurs, degré de concentration, différenciation des produits, barrières à l’entrée, intégration verticale, structure des coûts.
- Le comportement (ou conduite) désigne les décisions des entreprises : politique de prix, dépenses de publicité et de recherche, choix des capacités de production, stratégies de collusion ou de concurrence, fusions et acquisitions.
- La performance mesure les résultats obtenus, pour les entreprises et pour la collectivité : niveau des profits, efficacité productive et allocative, progrès technique, qualité et variété des produits, emploi.
Le modèle ajoute en amont les conditions de base, propres à l’offre (technologie, matières premières, réglementation) et à la demande (élasticité-prix, taux de croissance, produits de substitution), qui façonnent la structure du marché.
L’hypothèse centrale
Dans sa version originelle, le modèle suppose une causalité à sens unique : conditions de base → structure → comportement → performance. Une industrie très concentrée, protégée par de fortes barrières à l’entrée, permettrait aux entreprises en place de fixer des prix élevés et de réaliser des profits durablement supérieurs à la normale, au détriment des consommateurs. Cette hypothèse a inspiré une abondante littérature empirique cherchant à relier le taux de concentration d’une industrie à sa rentabilité, et a fourni un fondement théorique aux politiques de la concurrence, notamment au contrôle des concentrations aux États-Unis.
Critiques et évolutions
À partir des années 1970, le modèle a été contesté sur plusieurs points :
- l’école de Chicago (Harold Demsetz, notamment) a soutenu que la concentration pouvait résulter de l’efficacité supérieure de certaines entreprises, et non l’inverse : la performance expliquerait alors la structure ;
- la nouvelle économie industrielle, fondée sur la théorie des jeux, a montré que les comportements stratégiques des firmes modifient eux-mêmes la structure du marché (dissuasion à l’entrée, investissements de capacité, innovation) ;
- la théorie des marchés contestables (William Baumol) a relativisé le rôle du nombre de concurrents : la simple menace d’entrée peut discipliner un monopole.
Le schéma SCP a donc été enrichi de boucles de rétroaction, la performance et le comportement agissant en retour sur la structure. Il reste néanmoins une grille de lecture pédagogique très utilisée pour décrire une industrie.
Applications en stratégie d’entreprise
Le modèle a largement inspiré l’analyse stratégique. Le modèle des cinq forces de Michael Porter, qui évalue l’attractivité d’un secteur à partir de l’intensité de la rivalité, de la menace de nouveaux entrants, des produits de substitution et du pouvoir des clients et des fournisseurs, en est une transposition directe : l’entreprise cherche à se positionner dans une structure favorable ou à la modifier à son avantage. Dans les autorités de concurrence, la logique SCP guide toujours l’examen des fusions et l’analyse des positions dominantes.

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