Technostructure

Présentation
La technostructure est un concept élaboré par l’économiste américain John Kenneth Galbraith pour désigner l’ensemble des cadres, dirigeants ou subalternes, des techniciens et des spécialistes qui participent à la prise de décision en groupe dans les grandes entreprises. Dans ces organisations, un seul homme ne peut plus maîtriser la totalité des informations nécessaires à la conduite de l’activité : le pouvoir réel passe des propriétaires du capital à ceux qui détiennent la compétence.
L’origine du concept
Galbraith expose la notion dans Le Nouvel État industriel, publié en 1967. Il y décrit la grande société par actions moderne, où les actionnaires sont trop nombreux et dispersés pour diriger, et où la complexité technique des produits, la longueur des cycles de conception et l’ampleur des capitaux engagés imposent la planification. Les décisions ne sont plus prises par un entrepreneur individuel mais par des comités d’ingénieurs, de financiers, de juristes, de spécialistes du marketing et de gestionnaires : c’est cette collectivité de décideurs que Galbraith nomme technostructure.
Les objectifs de la technostructure
Selon Galbraith, les objectifs de la technostructure diffèrent de ceux du propriétaire ou de l’entrepreneur classique. La sécurité et la croissance régulière de la firme importent davantage que la maximisation du profit : un profit suffisant est nécessaire pour préserver l’autonomie du groupe face aux actionnaires et aux banques, mais au-delà, la technostructure privilégie l’expansion, qui accroît son propre pouvoir, ses effectifs et ses rémunérations. Pour réduire l’incertitude, elle cherche à maîtriser son environnement : contrôle des approvisionnements, gestion de la demande par la publicité, relations étroites avec l’État, qui est à la fois client, régulateur et financeur de la recherche.
La planification comme méthode
En termes de méthode de gestion, la technostructure utilise la planification. Les investissements engagés sur de longues périodes exigent de prévoir les prix, les volumes et les technologies plusieurs années à l’avance ; le marché, jugé trop instable, est remplacé autant que possible par des contrats de long terme et par l’intégration verticale. Galbraith en déduit une convergence entre les grandes firmes capitalistes et les économies planifiées de son époque, thèse qui a fait débat.
La technostructure chez Mintzberg
Le mot a été repris, dans un sens plus restreint, par le théoricien des organisations Henry Mintzberg. Dans son modèle des cinq composantes de l’organisation, la technostructure désigne les analystes qui conçoivent et standardisent le travail des autres sans l’exécuter eux-mêmes : services des méthodes, du contrôle de gestion, de la planification, de la qualité ou de la formation. Elle est particulièrement puissante dans la « bureaucratie mécaniste », l’organisation de grande série fondée sur la standardisation des procédés.
Portée et critiques
Le concept a mis en lumière la séparation entre propriété et contrôle et le rôle des experts dans l’entreprise moderne. Il a toutefois été critiqué : la financiarisation des années 1980 et le retour en force des actionnaires ont montré que la technostructure n’était pas à l’abri de la pression du profit, et l’essor de petites entreprises innovantes a relativisé la domination de la grande firme planificatrice. Il reste un outil utile pour comprendre la répartition du pouvoir dans les grandes organisations, publiques comme privées.
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