L’illusion de la machine génératrice de profits perpétuels : Des croissances superexponentielles
Étant entendu que la plupart des crises sont endogènes et qu’elles sont la résultante de bulles, il nous reste à déterminer ce qu’est une bulle pour comprendre les mécanismes à la base des dragon kings. Les économistes parlent de bulle comme d’un phénomène exponentiellement explosif. Or tout, en économie et en finance, croît exponentiellement. Dès lors, comment pourrait-on définir une bulle par ce critère ?
Selon le président de la Réserve fédérale américaine, Alan Greenspan, on a su qu’il y avait une bulle le jour où il y a eu un krach qui a révélé qu’ elle avait implosé. En résumé, le risque encouru a été perçu une fois le sinistre survenu. C’est peu satisfaisant, d’autant plus qu’il ajoute que si la bulle avait été diagnostiquée, la Réserve fédérale aurait été désarmée, car ses actions auraient déclenché des effets probablement bien pires. Aveux d’impuissance pour le moins intéressants de la part de celui qui était perçu comme l’homme le plus puissant du monde. . .
Afin de répondre à la question » Qu’est-ce qu’une bulle ? », nous invoquerons le concept de rupture de l’équilibre économique. Lorsqu’une bulle se développe, à un certain moment, sous 1 effet de facteurs psychologiques (mimétisme, effets de groupe. . . ) et techniques, plus le prix est élevé, plus la demande augmente. Or, l’équilibre économique standard, lui, veut que plus les prix augmentent, plus la demande baisse, le système tendant finalement vers la stabilité. On constate une absence de stabilisation lors du développement d’une bulle. Une fois la mise en équation réalisée, on s’aperçoit que l’on n’a plus affaire à une croissance exponentielle, mais » super exponentielle ».
Une croissance de ce type est caractérisée par le fait que le taux de croissance croît lui-même avec le temps. La population humaine, ces derniers deux mille ans et surtout ces cinq cents dernières années, en fournit une belle illustration : Thomas Malthus estimait que l’humanité avait un problème de croissance exponentielle et il prévoyait sa fin prochaine. Il a simplement oublié que plus il y avait d’hommes, plus il y avait de créativité et d’innovation. Par ce phénomène de bouclé de rétroaction positive, qui éloigne d’un équilibré, la population a crû de façon super exponentielle. De la même manière, on observe de nombreux mécanismes qui donnent de tels effets d’amplification de bouclé de rétroaction positive sur les marchés financiers.
Ces phénomènes sont toutefois relativement mineurs par rapport aux mécanismes comportementaux : nous sommes des êtrès humains qui apprenons par imitation. Les traders, en permanence au téléphone en train d’échanger des informations avec leurs collègues, sont immergés dans le bain d’un consensus en train de se construire, de manière endogène. L’imitation n’est aucunement un comportement irrationnel : c’est au contraire extrêmement rationnel. Des travaux montrent que notre cerveau est câblé pour » sur imiter » et augmenter notre force sociale. Dès que l’on atteint les limites de notre capacité cognitive individuelle, on apprend par les autres. À tel point que les robots et les systèmes issus de l’intelligence artificielle utilisent les phénomènes d’imitation pour augmenter leurs performances. En finance, des travaux ont d’ailleurs montré que les hedge funds avaient des comportements mimétiques par le simple fait de leur même localisation géographique.
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