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Le tableau des entrées-sorties:

Vous êtes ici : » » Le tableau des entrées-sorties: ; écrit le: 29 février 2012 par Sameh

Le tableau des entrées-sorties, synthèse des opérations sur biens et services, et représentation du système productif:

Le Tableau des entrées-sorties (TES) résulte de la juxtaposition de cinq tableaux. Il est publié dans les Comptes de la nation au niveau 16 de la nomenclature.Le tableau des entrées-sorties:
La structure du TES:

  • Tableau des ressources en produits
  • Tableau des entrées intermédiaires
  • Tableau des emplois finals
  • Compte de production et d’exploitation des branches
  •  Passage de la P des branches à la P des produits

Le TES est tout d’abord une présentation des équilibres ressources- emplois pour chacun des produits :



P + IM + MC + MT + IP – SP = CI + DC + FBCF + VS + EX. Prenons l’exemple des produits industriels (n° 2 du TES). Le tableau A reprend en ligne la partie gauche de l’égalité. La valeur des ressources au prix d’acquisition (1 811) est la somme de la production des produits (954) et des importations (444) auxquels on doit, pour passer du prix de base au prix d’acquisition, ajouter les marges commerciales (261) et de transport (39), ainsi que les impôts sur les produits (115), et dont il faut retrancher les subventions sur les produits reçues par les producteurs (- 2). La partie droite de l’équilibre ressources-emplois est en ligne dans les tableaux B et C. Dans le tableau C des emplois finals, on constate que les produits de l’industrie entrent dans les dépenses de consommation finale des ménages (483) et des administrations (29), servent à la FBCF (105) et à augmenter les stocks (7) ou sont exportés (390), soit au total 1 015 d’emplois finals. La dernière colonne du tableau B des emplois intermédiaires nous dit que des produits de l’industrie ont aussi été absorbés comme consommation intermédiaire par d’autres producteurs(796) On a donc au total autant d’emplois que de ressources(796+1015=1811).

L’intérêt principal du TES n’est cependant pas de juxtaposer des équi­libres ressources-emplois par produit, mais de décomposer la CI du produit. En ligne, le tableau B des entrées intermédiaires nous indique combien chaque branche utilise de chaque produit à titre de consom­mation intermédiaire. 796 de produits de l’industrie ont été utilisés comme CI : par l’agriculture (25), par l’industrie elle-même (507), par la construction (66), par les services principalement marchands (149) et par les services administrés (49). En ligne se lisent donc les débouchés des produits de l’industrie. Dans la colonne 2 du tableau des entrées Intermédiaires, on constate que, pour produire, la branche industries a consommé de façon intermédiaire 36 de produits agricoles, 507 de produits industriels (lorsqu’une branche consomme ses propres produits, on parle d’intraconsommation), 6 de produits de la construc­tion, 154 de services principalement marchands et 5 de services administrés. Au total, l’industrie a donc consommé pour 708 de produits de toutes les branches. Ce tableau fait apparaître à quel point les branches sont interdépendantes : la valeur des CI qu’elles absorbent — 1 743 — correspond à la moitié de la valeur de leur production.

Le tableau D propose les comptes de production et d’exploitation des branches dont nous étudierons ultérieurement la structure. On n’a reproduit ici que le compte de production. Pour la branche industrie, Il annonce que la VA est de 238, excédent de la P de la branche (946) par rapport à sa CI (708). Le tableau E, enfin, est là pour permettre de passer de la P de la branche à la P des produits, ces deux P diffé­rant pour des raisons exposées dans l’encadré. La dernière ligne du tableau E est la même que la première colonne du tableau A. La boucle est bouclée.

Le coeur du TES est évidemment le tableau des entrées intermé­diaires (B) : il représente le système productif comme un ensemble de branches se livrant mutuellement des CI. C’est une représentation très riche puisqu’elle met bien en évidence l’interdépendance entre les branches ; mais cette représentation est aussi très limitée et bien parti­culière : l’analyse de la production est réduite à celle de certaines des relations marchandes qui la conditionnent (rien sur l’emploi, les qualifi­cations, etc.), et les sujets du processus sont censés être les branches, c’est-à-dire des réalités analytiques dont la consistance est principale­ment technique. Le TES, malgré (ou à cause de) sa simplicité, est un Instrument extrêmement fructueux.

Les utilisations du tableau des entrées-sorties:

les premiers TES, appelés tableaux input-output, ont été inventés dans les années trente par Wassili Leontief, un économiste américain d’origine russe, qui les utilisa d’abord pour analyser l’évolution de l’économie américaine (The Structure of the American Economy, 1919-1929. An Empirical Application of Equilibrium Analysis, Harvard UP, 1941), ensuite pour la prévision et la simulation. !.e TES permet en premier lieu une description de l’interdépen­dance entre les branches à l’aide de coefficients technico-économiques. Itans le tableau des entrées intermédiaires, l’intersection de la ligne 2 ri de la colonne 1 indique que la branche « agriculture » absorbe 23 île produits industriels comme CI. Le quotient de cette Cl par la produc­tion de la branche « agriculture » (79, dernière ligne du tableau D) Indique que l’agriculture a consommé en moyenne 29 centimes de produits industriels pour produire 1 euro de produits agricoles (23 : 79 « 0,29). 0,29 est le coefficient d’entrée des produits industriels dans la branche « agriculture » (coefficient technique d’entrée). Des coefficients analogues peuvent être calculés pour chacune des cases du tableau des entrées intermédiaires. Leur ensemble constitue la matrice structurelle de l’économie.

L’évolution d’un coefficient technique ne dépend pas seulement de celle des techniques utilisées par la branche et de la déformation des prix relatifs, mais aussi des rendements d’échelle (constants si la quan­tité de CI utilisée est strictement proportionnelle à la quantité produite par la branche utilisatrice) et des changements dans la structure de la branche (car le coefficient d’une branche est la moyenne des coeffi­cients des sous-branches qui la composent, pondérée par leur impor­tance respective).
Si    le TES permet une description des structures économiques et de leurs évolutions, il est cependant principalement utilisé pour la prévi­sion, la planification et la simulation économiques. On présentera le principe de ces utilisations à partir de l’exemple simplifié d’une économie à deux branches A et B (donc deux produits) sans relations avec le reste du monde. Les coefficients techniques seront supposés constants au cours du temps (hypothèse de Leontief).
Dans une telle économie, la P de la branche A (Pa) est égale à la somme des emplois du produit A ; emplois finals (EFa, c’est-à-dire produit A utilisé pour la DC, la FBCF et la VS, et CI du produit A absorbée par la branche A (CIaa et par la branche B (CIbb). Il en est de même pour la P de la branche B. On peut donc résumer ainsi l’équi­libre de cette économie : Pa = CIM + CIab + EFa et Pb = CItbe + CIbb + EFb. Comme il existe une relation fixe — hypothèse de Leontief — entre la CI d’un produit par une branche et la P de cette branche (c’est le coef­ficient technique), ces égalités peuvent s’écrire : Pa = 0,1 Pa + 0,25 Pb + EFa et Pb = 0,3 Pa + 0,15 Pb + EFb L’interdépendance des deux branches apparaît ici dans un système de deux équations à quatre inconnues (Pa, Pb, EFa et EFb). Ce système permet de calculer les EF si l’on connaît les P, ou les P si l’on se donne les EF.

Imaginons que notre économie simplifiée connaisse des contraintes sur les capacités de P : Pa ne peut pas dépasser 220 et Pb 350. De combien) les emplois finals (DC, FBCF, VS) pourraient-ils alors augmenter ? La hausse de 20 de Pa requiert que la branche A absorbe des CI supplémen­taires : 2 en produit A (0,1 x 20 = 2) et 6 en produit B (0,3 x 20 = 6). | Pour augmenter sa P de 50, la branche B doit accroître les CI qu’elle absorbe. De 12,5 pour le produit A (0,25 x 50 = 12,5) et de 7,5 pour le produit B (0,15 x 50 = 7,5). Finalement c’est seulement 20 – 2 – 12,5 = 5,5 qui seront disponibles pour augmenter les emplois finals du produit A (EFa) et 50 – 6 – 7,5 = 36,5 pour accroître les EFb. |
Imaginons maintenant que le planificateur ait l’intention d’augmenter EFa de 10 et EFb de 20. De combien les branches A et B doivent-elles accroître leur P pour permettre la réalisation de ces objectifs ? Il faut au moins augmenter Pa de 10 et Pb de 20, mais cela est insuffisant. Car l’accroissement de la P n’est pas entièrement dispo­nible pour les EF, mais doit aussi être consacré à la Cl des branches. Pour augmenter Pa de 10, la branche A doit absorber comme CI 1 de produit A (0,1 x 10) et 3 de produit B (0,3 x 10). De même la hausse de 20 de Pb n’est possible que si la branche B augmente ses CI de 5 en produit A (0,25 x 20 = 5) et de 3 en produit B (0,15 x 20 = 3). Autrement dit, la CI de produit A augmente de 1 à cause de la hausse de Pa et de 5 à cause de celle de Pb. Soit un total de 6. On peut écrire déltaCIa = (0,1 x 10) + (0,25 x 20) = 6. Quant à la CI du produit B, elle doit s’élever de déltaCIb = (0,3 x 10) + (0,15 x 20) = 6.
Récapitulons. Pour permettre une hausse de EFa de 10 et de EFb de 20, les branches A et B doivent augmenter leur P de 10 et de 20. Cela induit des besoins de CI de 6 pour le produit A et de 6 pour le produit B. Pour satisfaire ces besoins, il faut augmenter à nouveau Pa de 6 et Pb de 6. Mais ces hausses supplémentaires de la P requièrent elles-mêmes de nouvelles CI de produits par les branches. délta2CIa = (0,1 x 6) + (0,25 x 6) = 2,1 et

déltaCIb = (0,3 x 6) + (0,15 x 6) = 2,7. Ces nouvelles CI requièrent elles- intmes une nouvelle vague d’accroissement des P : 2,1 pour la branche A et 2,7 pour la branche B. Ce qui nécessite des CI supplémentaires. délta3CIa= (0,1 x 2,1) + (0,25 x 2,7) = 0,885 et Adélta3CI„ = (0,3 x 2,1) + (0,15 x 2,7) = 1,035. Etc. L’itération conduit évidemment à des accrois- «ctnents supplémentaires de plus en plus faibles. Si l’on arrête le calcul «près délta4CIa et délta4CI1,, on obtient 19,33 pour l’accroissement de Pa (10 pour la hausse désirée de EFa, 9,33 pour les CI supplémentaires induites par les accroissements de EFa et EFb) et 30,16 pour celui de Pb.
Les solutions du problème peuvent évidemment directement être Irouvées en résolvant les deux équations de la p30 (on trouve 19,565 cl 30,435) ; mais la méthode par itération permet de suivre pas à pas les Conditions nécessaires à la satisfaction de l’accroissement des demandes finales (la méthode est également plus rapide lorsque l’économie a plus lie deux branches). C’est en utilisant une telle méthode que Leontief montra à l’aide d’un TES à 42 branches (agrégées en 12 pour simplifier 1rs calculs) que l’industrie américaine de l’acier, assimilée alors à une Industrie de guerre, non seulement ne serait pas en état de surproduc­tion après la Seconde Guerre mondiale, mais au contraire ne parvien- ilrait pas à répondre aux demandes directes ou indirectes suscitées par la reconversion de l’économie américaine (notamment redémarrage de la construction de logements).
Dans certains cas, le TES est un instrument intéressant pour aller au-delà des apparences dans la description de l’économie nationale. Il permet ainsi de calculer les contenus réels en importations de chacun des emplois finals. Prenons l’exemple de la DC des ménages. Celle-ci comprend des produits importés ; la somme de ceux-ci constitue le contenu direct en importations de cette DC. Le reste de la consommation des ménages est constitué de biens et services produits sur le territoire, mais presque tous sont directement ou indirectement obtenus à partir de produits importés : la P d’une branche requiert des CI dont certaines sont importées et dont d’autres ont été produites par des branches qui utilisaient des CI importées.
Parce qu’il décrit les interdépendances entre les branches, le TES permet de calculer ces contenus indirects en importations. La somme des contenus directs et indirects donne le contenu total en importations calcu­lable pour chacun des emplois finals, y compris les exportations. En 1989, le contenu total en importations des exportations s’élevait à 23 % des exportations et celui de la consommation des ménages était de 18,3 %. Nettement moins que le contenu total en importations de la FBCF totale (28,4 %) et surtout que celui de la FBCF des seules entre­prises non financières (37 %). Ce contenu atteignait 56 % pour les biens d’équipement professionnel et 58 % pour le matériel de transport terrestre (cf. M. Barge, V. Moyne, «Quelles utilisations pour nos importations?”
Le TES joue un rôle essentiel dans les simulations économiques ; il permet d’étudier les effets directs et indirects, branche par branche, produit par produit, sur les prix et sur les quantités, d’événements subis ou voulus : variation du prix de l’énergie, des salaires, dépréciation monétaire, etc. La plupart des modèles économiques intègrent aujourd’hui des TES plus ou moins détaillés.
Mais les grands modèles contemporains ne reposent pas seulement sur le TES ; ils prennent aussi en considération le comportement des agents économiques dont la représentation est un des objectifs essen­tiels de l’approche par les revenus.

Production(P)
Comptabilité Nationale(CN)
La consommation intermédiaire (Cl)
La dépense de consommation finale (DC)
La formation brute de capitol fixe (FBCF)
Les exportations (EX)
La variation des stocks (VS)
subventions sur les produits (SP)
impôts sur les produits (IP)
marges commerciales (MC)
marges de transport (MT)
Imporatation(IM)
transferts de produits fatals (TPF)
ventes résiduelles(VR)
branche unité fictive(BUF)
produit intérieur brut (PIB)
formation brute de capital fixe (FBCF)
CIB : consom­mation intermédiaire des branches;
CIP : consommation intermédiaire des produits ;
PB : production des branches ;
PP : produc­tion des produits.

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