Des perceptions légitimes mais contraires aux statistiques : le rôle des médias dans la culture économique

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Ce propos sur les médias et la culture économique sera celui d’un journaliste qui travaille dans le champ économique et social, mais ne se considère pas comme un journaliste économique. Ce sera aussi celui d’un journaliste soucieux d’indépendance, Alter­natives économiques appartenant, sous une forme coopérative, à ceux qui le font et à ses lecteurs. La diffusion payante du journal avoisine les 105 000 exemplaires. Le nombre des lecteurs, lui, dépasse le million.

Mon engagement en faveur de l’information économique m’a notamment amené, avec un certain nombre de proches, à créer en 2007 l’institut pour le développement de l’information économique et sociale (idies) ; une initiative née alors que montait, au sein des pouvoirs publics, une préoccupation de plus en plus marquée concer­nant l’absence de culture économique des Français. Elle a d’ailleurs donné lieu à la création, par Thierry Breton, alors ministre de l’Éco- nomie et des Finances, d’un Conseil pour la diffusion de la culture économique (Codice). L’idée du ministre, largement partagée par la haute administration de Bercy, était que si cette culture avait été plus grande, les citoyens auraient sans doute trouvé le marché, la libérali­sation de la finance, et tous les éléments qui ont conduit à la crise dont nous essayons de sortir depuis trois ans, comme autant de choses merveilleuses concourant au bien-être général de l’humanité dans son ensemble. C’est un réflexe courant chez les dirigeants : quand ils constatent que le peuple ne se satisfait pas des discours qu’ils tiennent et des actions qu’ils mènent, c’est qu’il a mal compris, qu’on lui a mal expliqué. Il y a un « déficit d’explication ». La solution consiste donc à les éduquer, voire à les rééduquer.

On peut ne pas partager cette vision. La culture économique des Français et la perception qu’ils ont des questions tournant autour de l’emploi, de l’inflation, de l’évolution du pouvoir d’achat, sont loin d’être aussi mauvaises qu’on le dit. Elles peuvent être assez différentes de ce qui est livré par les systèmes statistiques. Concernant le chômage, par exemple, s’ils constatent que leur petit neveu diplômé d’un bts enchaîne CDD sur cdd et se retrouve dans une situation de précarité, ils considéreront, tant qu’il n’aura pas accès à un cdi et à une rémunération correcte, que la situation de l’emploi n’est pas bonne, même si le taux de chômage est contenu (ce qui n’est malheureusement plus le cas à l’heure où ces lignes sont publiées).

Qui a raison ? La perception des ménages peut être tout à fait juste, dans la mesure où les statistiques, en fonction des conventions adoptées, témoignent d’une autre réalité, en considérant comme non-chômeur toute personne occupant un emploi, même précaire… Prenons maintenant l’exemple de l’inflation : les gens considèrent en majorité que l’euro a favorisé l’inflation. Or, cela ne ressort pas des chiffres. Nous mêmes, à Alternatives économiques, journal réputé pour son esprit critique, avons publié plusieurs articles où nous expliquons que l’euro n’a pas provoqué d’inflation. En revanche, les Français ont très justement ressenti que l’évolution du prix du logement représente une part croissante de leurs dépenses. Or, il n’est pas pris en compte dans l’indice du prix à la consommation, au motif qu’il s’agirait d’un investissement. Dans le même temps, une fois payées toutes leurs dépenses contraintes – énergie, abonnements divers, dans un contexte d’explosion des dépenses de télécoms, leur pouvoir d’achat pour des dépenses libres s’est restreint. Et comme l’évolution des prix relatifs conduit à une augmentation plus forte des dépenses quotidiennes, tandis que les biens durables voient leur prix diminuer, les ménages, peinant à boucler leur budget, perçoivent logiquement les prix comme orientés à la hausse

Mais, là encore, leur perception n’est pas erronée, compte tenu de l’évolution des normes de consommation qui leur sont imposées par l’environnement social, la publicité, etc. Il est désormais normal d’avoir un téléphone mobile par personne au sein d’une famille. Par conséquent, ce qu’il reste pour acheter des poireaux ou des carottes diminue, d’autant plus que les loyers ont augmenté. Pas facile d’expliquer cela à un statisticien de L’Institut national de la statistique et des études économiques (insee) …

Bref, la perception des gens n’est pas fausse, même si elle est en contradiction avec ce qui ressort des chiffres. La même analyse vaut pour le pouvoir d’achat. Les statistiques produisent des progressions alors que les gens ont le sentiment, eux, que le leur baisse. Mais faut-il rappeler que les statistiques donnent une évolution du pouvoir d’achat des ménages total ? Quand les médias ou les politiques disent que celui des ménages a augmenté de 2 % en 2006, c’est vrai, mais une telle statistique ne prend en compte ni l’évolution du nombre de ménages ni les inégalités de distribu­tion du revenu. Ainsi, en 2007, les réformes fiscales introduites par Dominique de Villepin, qui ne concernaient que les tranches marginales des revenus les plus élevés, ont expliqué le gain de 30 % du pouvoir d’achat cette année-là. Or, ces 30 % n’ont bénéficié qu’à 1 % des contribuables… L’insee peut donc affirmer qu’il y a eu un gain du pouvoir d’achat. Pourtant il n’a pas concerné l’immense majorité des Français. Il y a donc des tensions entre les discours officiels et les perceptions de la population.

Il est d’ailleurs intéressant de constater comment les politiques peuvent s’auto-intoxiquer avec leurs propres messages. Que l’on se souvienne de l’échec politique de Lionel Jospin lors de la campagne de 2002. La gauche était alors obnubilée par la qualité de son bilan. Dans les faits, la France n’avait jamais créé autant d’emplois qu’entre 1997 et 2001 de toute son histoire. Il s’agissait donc d’un bilan exceptionnel du seul point de vue de la création d’em­ploi. En revanche, la précarité restait extrêmement forte. D’une certaine manière, le retour à une meilleure situation du marché du travail rendait encore plus insupportable le maintien d’une forte précarité et de salaires très bas pour une grande partie des Français, notamment sur les emplois par lesquels les jeunes entraient dans la vie professionnelle.

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