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Le juste équilibre entre économie et politique

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Le discours d’autosatisfaction tenu par les « sortants » était donc totalement contreproductif dès lors qu’une grande partie de l’électorat potentiel de la gauche considérait avec raison que les choses n’allaient pas si bien. Mieux aurait valu reconnaître que le chemin à parcourir pour atteindre un résultat satisfaisant serait extrêmement long.

Lionel Jospin aurait-il tenu ce discours à l’opinion tout en ouvrant quelques perspectives, il aurait certainement eu beaucoup plus de succès. En discutant avec ses proches conseillers de l’époque, on s’aperçoit à quel point eux-mêmes s’étaient auto-intoxiqués avec les chiffres que produisaient les services statistiques. Ils auraient sans doute gagné à écouter ces gens sans culture économique, qui ne savent pas interpréter les chiffres de I’insee, mais qui ont, de par leur existence quotidienne, une perception souvent plus juste de la réalité économique et sociale du pays. De ce point de vue-là, Nicolas Sarkozy, sous l’influence de sa plume, Henri Guaino, s’est montré plus malin lors de sa propre campagne électorale de 2007 : il a su dénoncer la soit-disant pensée unique, reconnaissant le déca­lage existant entre la perception des gens et les bienfaits officiels d’une libéralisation générale des marchés, et cela bien avant la crise de 2008.

Cela étant dit, le développement de la culture économique des Français n’est pas un faux enjeu. De facto, la culture économique de la population est faible. La développer permet à chacun de sortir de l’alternative dans laquelle se situe souvent le débat au café du commerce : soit tout est contraint et rien ne peut changer, soit il faut renverser la table, tout mettre à bas et pendre les patrons avec les tripes des banquiers. L’enjeu n’est pas de trouver une voie moyenne entre ces deux convictions, mais une voie plus complexe, plus juste. En économie, il y a en effet constamment des choix qui relèvent du politique. La politique concourt à construire les institutions qui encadrent le fonctionnement du marché ; elle contribue à façonner les conditions du vivre ensemble. L’économie n’est pas une physique du social qui s’appliquerait à une société ahistorique, aculturelle. Bien au contraire, elle est complètement encastrée dans le social et l’historique. Elle relève donc naturellement du politique et doit être au cœur de la délibération démocratique. Vouloir que celle-ci se développe dans de bonnes conditions suppose que les parties pre­nantes au débat disposent de suffisamment de compétences et d’in­formation pour exercer pleinement leur droit de citoyen, sans se faire manipuler par les uns ou les autres.

On peut se demander dans quelle mesure ceux qui nous répè­tent qu’il serait beaucoup mieux que les Français aient une meilleure culture économique le souhaitent vraiment. Si c’était le cas, on peut supposer qu’ils seraient plus à même de porter un jugement sur ce qu’il n’est pas possible de faire, compte tenu des contraintes existantes, mais aussi sur ce qu’il est possible de changer dans l’univers économique et social dans lequel nous vivons aujourd’hui.

On peut identifier quatre enjeux pour développer cette culture économique. Le premier concerne l’enseignement, notamment secondaire. Les savoirs économiques et sociaux n’occupent qu’une place très marginale dans le socle commun de connaissances acquis au collège. Au lycée, ensuite, il existe un enseignement de sciences économiques et sociales (ses), suivi par la moitié des élèves en seconde, en option, puis par ceux qui suivent la filière ses, soit moins de 20 % de chaque génération. L’enseignement qui prépare le mieux à une compétence en économie est donc aujourd’hui suivi par une petite minorité dans chaque génération.

De surcroît, il fait l’objet de nombreuses critiques de ceux-là même qui réclament que la culture économique des Français se développe, car il est jugé trop critique par rapport à la réalité économique telle qu’elle est. Ce n’est pas mon point de vue. Le fait que cet enseignement mêle des questions d’économie et de sociologie lui donne beaucoup plus d’autorité scientifique, puisqu’il évite une approche purement théorique, qui serait difficile d’accès pour les jeunes lycéens qui n’ont pas tous vocation à devenir des économistes professionnels. Il ne s’agit donc pas de faire une propédeu- tique à l’enseignement économique universitaire, mais de permettre à des jeunes de disposer du minimum de compétences nécessaires pour comprendre ce qui se dit au journal de 20 heures, de distin­guer le budget de l’Etat de la balance commerciale, de comprendre à quoi sert la sécurité sociale, le système fiscal. Bref, le minimum pour assurer aujourd’hui ses responsabilités de citoyen.

Des statistiques en retard sur le débat politique

Le second enjeu appelle un système statistique de qualité, qui assure un minimum de transparence à la société sur elle-même. Or, ce système n’est pas pleinement satisfaisant en France. Il se caractérise par une incomplétude du champ des données qui sont transmises par I’insee et les autres instituts ainsi que par un retard dans les parutions. Bien souvent, le débat politique sur l’évalua­tion de ce qui a été fait par un dirigeant tombe non au moment de la fin de son mandat, mais lors du mandat suivant, lorsque

I’insee a fini de traiter ses statistiques. Comment, dans ces condi­tions, avoir un débat démocratique de qualité ?

Ainsi l’un des débats de 2002 portait-il sur les statistiques d’évolution de la pau­vreté, qui remontaient à 1998. Or, entre 1997 et 1998, la pauvreté a continué à augmenter en France, sous l’effet de la traîne de la crise de 1992, 1993 et 1994. À partir de 1998, les créations d’em­ploi ont inversé la tendance. Mais les statistiques n’ont été publiées qu’en 2004. Enfin, nous constatons aussi un problème de diffu­sion et de vulgarisation des statistiques. Ceux qui sont susceptibles de s’en saisir en font-ils une traduction accessible au grand public ?

Le troisième enjeu concerne la qualité de l’information dont dis­posent les parties prenantes à la vie économique. Dans les entreprises les dirigeants disposent d’une information de bonne qualité. Les actionnaires, quant à eux, en obtiennent parfois. Par contre, les autres parties prenantes – salariés, consommateurs, environne­ment communautaire – doivent se contenter d’une information de très mauvaise qualité.

Quatrième et dernier domaine : celui des médias. Il faut recon­naître qu’ils ne saisissent pas très bien la question économique pour de nombreuses raisons. Lune tient au statut des journalistes. Ce sont, pour la plupart, des littéraires. Leur formation économique est très superficielle. Seule une petite élite est passée par l’institut d’études politiques de Paris avant de faire une école de journalisme. Et souvent, ils sont entrés à Sciences-Po sans avoir suivi de formation scientifique au lycée. De surcroît, nombre d’entre eux ont peu de goût pour les chiffres et une certaine résistance face au raisonnement scientifique. On retrouvera d’ailleurs souvent les mêmes confusions entre causalité et corrélation, entre pourcentage et unités… Même dans les journaux les plus sérieux, on confon­dra les millions et les milliards, preuve que le chiffre a une valeur décorative ou d’autorité. On n’intégrera jamais de tableaux dans un article, alors qu’il s’agit du seul moyen de communiquer de nom­breuses données quantitatives. Par contre, on vous commentera une courbe, avec des échelles toujours trafiquées, pour tirer la conclusion qui se trouve dans son titre même. Pourquoi en effet l’analyser puisque le message est déjà passé ? L’infographie ne doit jamais être plus compliquée qu’un schéma ou une courbe. D’une manière générale, les journaux sont donc plutôt dans une approche démonstrative, qui est une insulte à l’intelligence du lecteur.

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