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L’économie discutée, Logique et limites de l’interventionnisme

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Après avoir montré pourquoi les économistes parlaient de l’intérêt général et comment la dynamique des marchés pouvait y contribuer et avoir souligné la nécessité de l’intervention publi­que, revenons, en bons Français, sur la nécessité de l’intervention publique.

L’État, un acteur-clé des économies de marché

La France n’est pas les États-Unis. L’État dans notre pays ne s’est jamais retiré : il n’y est donc pas de retour, il est toujours là, et il l’est encore plus massivement qu’avant. Il n’y a ainsi pas eu en France de vague de libéralisation comme celle qui a touché les États-Unis, ni cette montée extrême des inégalités qui a frappé ce pays.

La France du début des années 1970 est, en termes d’inéga­lités, plutôt plus mauvaise que les États-Unis. Et celle du début des années 2000 est moins inégalitaire que la France de 1970, contrairement à ce que l’on croit et à l’instar des États-Unis où le salaire moyen n’a pratiquement pas bougé. Le discours critique qu’on peut avoir à l’égard de la politique américaine de ces vingt dernières années ne s’applique pas du tout à la France. Notre salaire minimum interprofessionnel de croissance (smic) augmente non seulement en fonction de la hausse des prix, mais aussi en fonc­tion de l’évolution du salaire moyen. Aux États-Unis, le salaire minimum est à six dollars et n’a pas bougé depuis dix ans. Et un « smicard » américain peut ne pas bénéficier de protection sociale. L’essentiel pour lui est donc de savoir s’il disposera de cette pro­tection. Dans les faits, 30 % n’en bénéficient pas, tout en ayant un emploi. Le système français, lui, fixe un salaire minimum incluant les charges sociales, plus une couverture maladie universelle. Il diffère radicalement de celui des États-Unis, qui vise à protéger les individus contre les risques qu’ils ne peuvent traiter par eux- mêmes. C’est là la première leçon. L’action de l’État est nécessaire, et de plus en plus souvent, parce que la croissance du niveau de vie nous rend averse au risque. Aussi, plus nous sommes riches et plus nous avons besoin d’État !

La hausse des prélèvements obligatoires est donc tout simple­ment. .. incontournable ! Pourquoi ? L’explication est très ancienne. Elle est le fait d’un économiste allemand, Adolph Wagner qui a établi une « loi » d’extension croissante des dépenses publiques.

Le PIB (produit intérieur brut) ne cesse d’augmenter depuis cent ans, mais les dépenses publiques qui représentaient un peu moins de 10 % du PIB en 1900 représentent désormais plus de 50 % en France. Cela vaut aussi pour les États-Unis. Pourquoi a-t-on pu établir cette loi il y a 100 ans ? En constatant qu’un pays civilisé est un pays où la dépense publique augmente tendanciellement plus vite que l’activité. Wagner observait qu’une économie com­prenait des biens privés, mais aussi collectifs, comme l’enseigne­ment, l’éclairage, la santé ou la sécurité. Or ces biens collectifs ne sont pas substituables aux biens privés, comme le veut le modèle américain de la prédation. Ces biens sont complémentaires des biens privés. Le fait même que l’État dépense permet au secteur privé de prospérer. Pensez aux laboratoires pharmaceutiques, et vous aurez compris. L’Etat n’est plus prédateur, mais protecteur. Ce disant, je ravis la gauche, avant de me fâcher avec elle dans les lignes qui suivent…

Si l’on évolue dans un système où l’on observe une multiplica­tion des demandes sociales, alors les contraintes budgétaires vont être croissantes. Tous ceux qui sont dépendants de l’État se plai­gnent : ils n’ont jamais assez d’argent. Mais les dépenses publiques ne cessent d’augmenter et de changer leur structure relative. S’il faut dépenser de plus en plus pour les retraites, il faudra structurelle­ment dépenser moins pour autre chose, par exemple l’éducation.

Mais la loi de Wagner pose aussi un problème logique. Que se passe-t-il lorsque les dépenses publiques atteignent 50, 60, voire 70 % du PIB?

Bien avant 70 % du pib, on évolue dans un système socialiste. Si l’État prélève tout pour tout redistribuer, on n’évolue plus dans une économie de marché. On est donc face à un vrai problème logique. Ne faudra-t-il pas, comme le suggère Steffen Linder, revenir à une logique de substituabilité, limiter les biens collectifs pour que les biens privés puissent se développer, au cas où « la machine revendicatrice bloquerait la machine productive » ?

Aussi une économie moderne est-elle composée, comme l’avait montré il y a quarante ans Frédéric François-Marsal, de biens mar­chands et de biens non marchands – l’éducation, une partie de la santé, l’éclairage des rues, les routes, la police, la justice, l’armée, toutes les choses dont nous bénéficions gratuitement. Lors des Trente Glorieuses, l’État intervenait beaucoup moins qu’aujour­d’hui. Dans les années 1970 et 1980, on a assisté au développement de l’intervention publique. Il faut rappeler que Keynes estimait que lorsque les dépenses publiques dépassaient 30 % du pib, on passait au socialisme. Valéry Giscard d’Estaing fixait ce pourcen­tage à 40 %. Comme l’histoire a de l’humour, on a franchi cette barre lorsque Giscard a été président de la République. C’est donc lui qui a fait basculer la France dans le socialisme…

Face à cette progression inexorable du poids de l’État, Margaret Thatcher, élue en 1979, a décidé de privatiser massivement et de réduire certaines dépenses publiques. Une grande partie des Anglais ont suivi, Margaret Thatcher étant restée au pouvoir pendant onze ans. Le choix de François Mitterrand, lui, est absolument contraire. Lorsqu’il est élu en 1981, il estime que le marché est le principal problème qui justifie une intervention forte de l’État.

On va donc développer le secteur public, nationaliser Rhône- Poulenc, Dassault, la sidérurgie, etc. Le secteur public, les dépenses de l’État vont se développer – allocations familiales, retraite à soixante ans, cinq semaines de congés payés… Mais le même Mitterrand, qui a nationalisé, va accepter les privatisations. N’est- ce pas la gauche qui a ouvert le capital de France Télécom, celle de Mitterrand puis de Jospin ? On a privatisé comme Thatcher, sans pour autant réduire, comme elle, les dépenses publiques. Tony Blair, lui, fera augmenter de cinq points les prélèvements obliga­toires par rapport au pib. Mais alors comment faire ?

La solution est pourtant très simple : l’État va diversifier ses acti­vités et ses recettes. Des choses qui étaient gratuites vont devenir payantes. Cela peut apparaître comme une régression, notamment pour la gauche. Mais c’est parce que l’on est en faveur de l’inter­vention de l’État que l’on milite pour qu’il trouve de l’argent. Tout ce qui peut être tarifé doit l’être. N’est-il pas souhaitable d’avoir à acquitter un péage routier dans les grandes villes ou même sur l’ensemble des routes et que, dans le même temps, l’État garan­tisse qu’il s’occupera bien des retraites, de la santé, de l’éducation, de la recherche… ?

Dès que la reprise sera au rendez-vous, les impôts vont augmenter et les politiques viendront chercher les économistes pour expliquer comment trouver de l’argent – ce qui ne sera pas trop difficile. Prenons un exemple : les automobilistes qui possèdent un système de guidage par satellite (gps) sont des contribuables poten­tiels. Ils pensent en avoir acheté un pour se repérer. En fait, ils les rendent repérables, ce qui est la première fonction d’un gps ! Ainsi certains recevront dans quelques années une facture leur disant qu’ils ont, par exemple, roulé tant de kilomètres à telle heure entre ce point-ci et ce point-là. Quand on aime l’État, il faut en payer le prix car les déficits publics ne peuvent se creuser indéfiniment !

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Vidéo : L’économie discutée, Logique et limites de l’interventionnisme

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