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L’économie, la mal-aimée des médias

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L’économie, la mal-aimée des médiasDans les années 1970, la radio et la télévision étaient sous l’influence de la presse écrite qui tend à considérer qu’il faut rendre compte d’un événement quand il est important. Puis on a assisté à la dérive de xentertainment et les médias se sont davantage tournés vers les sujets susceptibles d’intéresser le public.

On constate souvent l’amalgame fait entre l’économie et la façon dont elle est utilisée. Dans l’opinion publique, comme dans les médias audiovisuels, l’économiste est maintenant perçu comme une sorte de gourou, dépositaire d’une science exacte. Cela n’a pas toujours été le cas. Traditionnellement, l’économie n’était pas con­sidérée comme très importante par les médias. À mes débuts à Europe 1, dans les années 1970, son traitement se résumait à l’infla­tion, le fameux « panier de la ménagère », et tout ce qui relevait du social. L’économie telle qu’elle est évoquée dans cet ouvrage était considérée comme de la politique. Lorsque l’on mentionnait une rubrique ou un journal économique, c’était surtout aux entre­prises que l’on pensait. La politique, le fait divers, l’international, le sport et parfois la culture demeuraient les seigneurs de l’infor­mation. Ils le sont demeurés.

Puis, dans les années 1980, dès qu’il était question d’économie, seuls deux personnages avaient la parole : Yvon Gattaz, qui était légi­time, comme président du Conseil national du patronat français (le cnpf, devenu le medef en 1998), et grand pédagogue, et Bernard Tapie, bon vendeur de lui-même, qui était sollicité dès que l’on souhaitait le commentaire d’un patron sur une décision écono­mique. Yvon Gattaz était assez malin pour réussir à tirer son épingle du jeu. C’est d’ailleurs à cette époque que l’on a assisté à une embellie entre l’opinion publique et les entreprises, mais elle s’est dégradée après la crise de 1992 et 1993, en partie d’ailleurs du fait des entreprises elles-mêmes.

Quelques secondes pour expliquer le G20

En fait, aujourd’hui, les journalistes pensent qu’ils couvrent l’éco­nomie quand ils traitent surtout de macroéconomie dans laquelle ne se retrouvent pas les gens des entreprises, de plus sur un mode très sommaire. Moins par manque de rigueur mais – et c’est un phénomène inhérent à l’audiovisuel – que par manque de temps. Comment expliquer une décision du G20 en quelques secondes sur France Info ? J’ai participé, au début des années 1990, au lan­cement du Cercle des économistes, en lui ouvrant l’antenne de Radio Classique chaque jour. S’il est tout à fait reconnu aujourd’hui, sa création a pris huit à neuf ans alors que les économistes qui en font partie étaient tous les jours à l’antenne.

Un journaliste économique dispose de références comme Les Échos, La Tribune ou Le Figaro. Leurs journalistes, contrairement à leurs collègues de l’audiovisuel, viennent souvent de l’université ou de grandes écoles. Ils n’ont pas tous suivi un cursus 100 % journalistique. Toutefois, l’effet de levier vient des médias audio­visuels. Quelques chiffres : Les Échos et La Tribune tirent res­pectivement à 120 000 et 80 000 exemplaires, contre 4 millions d’auditeurs pour Europe 1 tous les jours, 6 millions pour rtl, 20 millions pour les deux journaux télévisés de 20 heures. Il est donc préférable d’établir une comparaison entre les médias et les quotidiens généralistes, voire les quotidiens régionaux. Même sur une radio de qualité comme France Info, le fait divers est beaucoup plus important. Le matériau économique est traité soit comme une actualité politique : « Mme Lagarde a dit que… », soit comme un événement polémique : « Telle entreprise a fait telle ou telle chose… » Les médias manquent de rigueur économique, mais la question du temps de traitement y est pour beaucoup. Quand on a demandé aux membres du Cercle des économistes de faire des chroniques ne dépassant pas trois minutes – alors qu’ils avaient l’habitude de faire des cours d’une heure et demie à des étudiants, il a fallu plu­sieurs années d’efforts pour qu’ils y parviennent.

De plus, les médias consacrent très peu de place aux sujets compliqués qui exigent du temps et du recul. Un journaliste qui interroge un économiste aura besoin d’au minimum un quart d’heure pour comprendre son propos. À l’antenne, il dispose de trente secondes pour en parler… Pourtant, les chefs d’entreprise de très grands groupes ou les patrons de pme ont en général des choses très intéressantes à dire sur l’actualité et la vie quotidienne. C’est pour ces raisons que j’ai quitté Europe 1 afin de créer, sur Radio Classique, l’information économique telle qu’elle existe encore aujourd’hui. Pas dix personnes ne croyaient en mon projet. Et pas un journaliste ha estimé qu’il s’agissait d’une bonne idée. Pourtant, il y a une appétence pour l’économie ; le succès de Radio Classique l’a montré. Lorsqu’en janvier 1989, j’ai commencé à traiter l’information dans cette station, on comptait 70 000 audi­teurs. Aujourd’hui, on en compte, selon les sondages, 1 million, dont 450 000 pour l’information du matin.

On peut identifier d’autres problèmes. L’un est lié à la montée d’Internet et aux flux d’info. Les jeunes générations écoutent de moins en moins l’information à la radio et se branchent directement sur leur ordinateur une fois arrivées au bureau, y compris parmi les journalistes. Cette information, en direct, concurrence les tran­ches matinales. Un second problème, qui attaque directement la qualité, est lié à la paupérisation de la presse, dans sa globalité. Elle concerne tous les secteurs, même la presse écrite, dont les titres sont de plus en plus racoleurs afin d’attirer le chaland. Dans l’audiovisuel, notamment la radio, cette paupérisation est encore plus critique, un journaliste pouvant s’estimer heureux de gagner 3 000 euros bruts par mois. D’autres secteurs deviennent beau­coup plus attrayants et l’on observe une vraie déception des jeunes journalistes.

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