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Des prix Nobel en tous genres : la culture française et le mythe de l’hétérodoxie économique

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Des prix Nobel en tous genres : la culture française et le mythe de l’hétérodoxie économique

ARTICLE

Des prix Nobel non grati !

 

Quels sont les prix Nobel que l’on pourrait brûler – surtout en France ?

Fischer Black et Myron Scholes, qui, en 1973, ont mis en équa­tion les marchés d’options, à l’origine des marchés dérivés. Ils ont obtenu le prix Nobel au milieu des années 1990. Peu après, la banque issue de leurs travaux (ltcm) a été victime d’une faillite retentissante ! Mais, nos deux auteurs ont beaucoup fait progres­ser les marchés dérivés dont on peut penser qu’ils ont une utilité puisqu’ils existent toujours, malgré les problèmes qu’ils ont récem­ment suscités.

Autre économiste à brûler, Milton Friedman, l’image phare de l’économiste américain de l’après-seconde guerre mondiale. Il fait partie de ceux qui ont renversé le dogme keynésien, ce qui était l’ambition de la vie de Friedman d’après Nicholas Kaldor. Il est devenu l’économiste le plus représentatif de cette génération des années 1970 et 1980. S’il ne l’a pas inventé, il est le porte-parole du monétarisme. C’est également un auteur qui, en 1996, avait annoncé l’échec de l’euro, le qualifiant « d’entêtement suicidaire ». Pour cette raison, et pour beaucoup d’autres, brûler Friedman est donc un sport assez fréquent en France (mais l’euro peut un jour lui donner raison !).

On pourrait aussi brûler Edward C. Prescott, autre prix Nobel, qui, avec Finn E. Kydland, a montré que les banques centrales devaient suivre des politiques non pas discrétionnaires, mais obéissant à des règles strictes – combattre l’inflation, par exemple. En 2002, Prescott a publié un article mineur dans lequel il quali­fiait les Français de fainéants, estimant que les 35 heures n’étaient ni plus ni moins que l’image de la fainéantise des Français et qu’il fallait qu’ils changent, faute de quoi ils allaient à leur perte. Un économiste français, aujourd’hui responsable des économistes de la Banque mondiale et auparavant responsable du département d’Économie au Massachusetts Institute of Technology (mit), Oli­vier Blanchard, lui avait répondu que les choix des Français étaient simplement différents de ceux des Américains sur le partage entre le travail et le loisir sachant que la productivité au travail des Fran­çais est supérieure à celle des Américains. On voit bien que Prescott avait un a priori, typique des Américains, extrêmement méfiants à l’égard des Français.

Dernier exemple d’économiste à brûler : Gary Becker, qui a étendu le champ de l’économie à des secteurs où celle-ci ne s’aven­turait pas. C’est lui qui, en 1981, dans son Traité sur la famille, explique que le mariage est d’abord une question d’intérêt, qui produit des effets externes, des rendements croissants et des biens collectifs. Par conséquent, le divorce est une chose normale, car. lorsque les biens collectifs deviennent négatifs ou lorsque les éco­nomies externes deviennent des déficits internes, il y a divorce. Il fait ainsi entrer l’économie dans des secteurs où l’on n’avait pas l’habitude de la voir. Jeter une lumière aussi crue sur la vision romantique du mariage est mal reçu en France. Le fait que ses analyses soient pertinentes est sans doute une bonne raison de le disqualifier en le qualifiant d’ultralibéral !

Voilà quatre exemples types d’économistes américains que les Français auraient tendance à brûler, sous le terme générique d’ultra­libéraux. Il est vrai qu’on ne peut pas dire libéral en France sans y ajouter « ultra » parce que notre culture est celle de PÉtat.

John Locke observait déjà au xviiic siècle que l’interventionnisme était une maladie française ! Il n’est qu’à voir les réactions des Fran­çais lorsqu’ils découvrent que le président Barack Obama se heurte à 1’« aveuglement » des Américains qui refusent son système d’assu­rance sociale universelle. Les Américains considèrent en effet que l’État est potentiellement prédateur. Ils s’en méfient donc. Le Fran­çais lui, par un aveuglement symétrique, se méfie du marché. Ce que nous enseignent les économistes est que le marché et l’Etat peuvent se tromper. L’État n’est ni forcément prédateur, ni toujours protecteur. Une telle position est mal comprise, pour des raisons opposées, aux États-Unis comme en France. On peut ainsi trouver des prix Nobel plus ou moins suspects aux États-Unis.

Nobel contre Nobel

Prenons d’autres exemples de prix Nobel qui pourraient trou­ver grâce aux yeux des Français. Maurice Allais, ingénieur des Mines, le seul prix Nobel français (Gérard Debreu, son élève, a pris ensuite la nationalité américaine), était hostile au développement des mar­chés boursiers modernes. Il était favorable au fixing (qui consiste  à faire la cotation des actions une fois par jour), car il estimait – et il l’a longuement expliqué – que les marchés de spéculation sont mimétiques. De la même manière, André Orléan, Michel Aglietta et beaucoup d’autres soulignent le risque mimétique et les bulles spéculatives qui en découlent. Faut-il pour autant mettre un dis­ciple de Maurice Allais à la tête de la Banque centrale ? Je ne m’y risquerais pas car il en résulterait un encadrement du crédit extrême. Il n’y aurait aucune crise à redouter, mais il n’y aurait pas non plus de croissance. Nous aurions un excédent des paiements courants, des réserves de change à la Banque centrale, mais une économie corsetée !

Le Canadien Robert Mundell a obtenu le Nobel récemment. Dans les années 1960, il a travaillé sur les zones monétaire opti­males. À la différence de Friedman, il est pour la création de l’euro, mais met en avant les contraintes d’une monnaie unique, les avan­tages et les inconvénients. Il nous permet de comprendre les alertes d’un Friedman, mais aussi plus récemment de Jacques Sapir qui pense que le Portugal va sortir de l’euro pour revenir à l’escudo, si l’euro devient un poids pour son économie.

On pourrait citer un Nobel plus « social », comme le Suédois Gunnar Myrdal, dont la femme a aussi reçu un prix Nobel, celui de la paix, ainsi que l’Anglais James Meade, qui insistait, dans son dernier livre, Retour au plein emploi, sur la dimension sociale, esti­mant qu’il faut tout faire pour éviter le chômage. Myrdal, lui, avait été invité dans les années 1960 par les Américains à réfléchir au problème des Noirs dans la société américaine, ce qui lui donna l’occasion d’étudier de près les inégalités.

Ce sont là des économistes qui sont loin d’être des ultralibé­raux, qui ont eu le Nobel pour des travaux beaucoup plus larges que la seule approche économique. On pourrait enfin citer Amar- tya Sen qui, dans ses travaux théoriques, est centré sur la théorie économique la plus traditionnelle, mais qui développe des approches beaucoup plus variées dès lors qu’il réfléchit à la question des pays

en voie de développement ou de l’équité dans les pays développés. C’est lui qui dit que l’Homo œconomicus des économistes n’est rien d’autre qu’un « idiot rationnel ». Une expression qui plaît à la tradi­tion française mais qui, chez Sen, ne débouche pas pour autant sur l’hétérodoxie chère à cette même tradition.

Le mythe de l’hétérodoxie

La culture antilibérale nourrit en France l’ambition de créer une théorie économique hétérodoxe, qui ne reprendrait pas les outils de l’économie standard. Une telle vision était forte dans les années 1960 et 1970, quand dominait en France l’école de pensée marxiste. Cette branche de l’analyse économique est aujourd’hui pratiquement morte. Les chercheurs, nombreux encore en 1980, qui travaillaient sur la transition au socialisme, ont dû changer de programme de travail, voire de logiciel intellectuel. En ce sens, le parcours d’Olivier Blanchard est particulièrement intéressant. Il est arrivé au sommet de la hiérarchie des économistes du monde, alors qu’il n’est pas passé par une grande école française, ni Polytechnique, ni нес, ni les Mines, mais par une faculté de droit et sciences économiques. Ensuite, il est parti aux États-Unis, à une époque où il pensait encore que ce que faisait Castro à Cuba était digne d’intérêt. Un a priori qu’il a dû ensuite confronter à ceux de ses collègues américains…

Y a-t-il vraiment deux théories, l’une qui serait hétérodoxe et l’autre orthodoxe ?

La réponse est négative. Les outils de l’analyse économique sont aujourd’hui les mêmes pour tous les auteurs. Seule la façon de les utiliser diffère. Il n’y a qu’un champ de l’éco­nomie et l’hétérodoxie signifie surtout de savoir remettre en cause ses a priori. Ainsi, se déprendre des a priori français, c’est aban­donner cette idée qu’on va créer une théorie économique alterna­tive. Car les outils économiques sont identiques, même s’ils ne sont pas utilisés de la même façon par Friedman et par Stiglitz,

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