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L’Économie, L’entrepreneur, nouveau héros

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Présentation

Quittons la sphère de la presse spécialisée pour pénétrer celle des médias généralistes, et d’abord la presse quotidienne d’information générale, belle illustration du comportement des journalistes décrit un peu plus haut. Lorsque j’étais jeune, la direction du service éco­nomique du Monde était tenue par des gens qui pouvaient titrer en une : « Les salaires des femmes demeurent de 35 % inférieurs à ceux des hommes. » Il s’agissait d’un journal qui pouvait parler de questions économiques et sociales importantes et rappeler régulièrement à ses lecteurs certains constats qu’il jugeait utiles. Tout cela a disparu. Les questions économiques y sont instrumentalisées pour des rai­sons politiques. Comme ce titre est soumis à la concurrence de la presse économique et financière quotidienne de qualité, il a déve­loppé des rubriques « Entreprises » ou « Bourse » qui reproduisent le Financial Times de la veille, mais avec une qualité moindre. Cela ne satisfait pas ceux qui recherchent une information économique per­tinente, et ne répond pas à une attente de transparence sur les ques­tions économiques et sociales. Libération le faisait beaucoup mieux à une époque. Mais, en 2006, à la suite de certains arbitrages, ce titre a en partie supprimé son service économique et social. Il semblerait qu’il ait la volonté de lui redonner des moyens…

Qu’en est-il de la presse magazine d’information générale ? Pendant longtemps, L’Express, Le Nouvel Observateur, Le Point et Marianne ont très peu parlé d’économie et traitaient surtout de politique ou de questions de société. Quand ils abordaient ce sujet, c’était plutôt sous l’angle consumériste, deux fois par an, sur le salaire des cadres ou l’immobilier. Avec les années 1980 et les modifications idéologiques des décennies Mitterrand, ils y ont consacré plus de place. L’entrepreneur est devenu une sorte de nou­veau héros, y compris dans une presse économique réputée de gauche. C’était pour elle l’occasion de raconter des histoires, comme on le fait avec la politique. La personnalisation de la vie écono­mique a permis le support de la narration. Mais, trop souvent, la qualité de l’information y est faible. L’économie est largement abor­dée comme un spectacle. Lorsque les enjeux deviennent importants, on la retrouve dans les pages « Actualités », avec un traitement très politicien et donc, peu politique, au sens fort du terme.

Qu’en est-il des radios ? Des stations économiques spécialisées, de type bfm ou Radio Classique, se rapprochent du traitement des quotidiens économiques par le type d’information diffusée ; elle est destinée au business, mais de qualité. Les radios généralistes, elles, accordent une très faible place aux questions économiques, ou elles restent cantonnées à une sphère techniciste, financière et idéologique. Exemple typique : la chronique que tenait Jean- Marc Sylvestre sur France Inter le matin et qui s’inscrivait en rup­ture assez forte avec la tonalité générale de cette radio, plutôt de gauche profonctionnaire. La station avait en effet estimé que l’économie ennuyait tout le monde. Donc, quitte à faire de l’éco­nomie, autant qu’elle soit abordée par un journaliste économique dont le discours plaisait aux gens que cela intéresse. Dans un pays où le monde de l’économie déteste la gauche et celle-ci l’économie, quoi de plus logique, pour une radio de gauche, que d’y affecter un économiste libéral ? Aujourd’hui, l’économie y est présentée par Thomas Legrand et Philippe Lefébure : ce sont des exceptions notables au triste tableau que nous venons de brosser.

Il ne s’agit pas de diaboliser l’ensemble de la profession, mais plu­tôt d’expliquer comment fonctionne la logique du système média­tique. Or, très souvent, on découvre qu’une grande partie des journalistes qui traitent de l’économie y ont été affectés faute de mieux. Si le journaliste n’a pas vocation à être expert, il transmet des nouvelles. Mais les faits ne sont malheureusement pas un matériau brut, objectif. Et le risque d’être manipulé par ses sources est évi­demment d’autant plus grand qu’on manque de compétence pour discuter l’information fournie. L’économie étant considérée comme la dernière roue du carrosse, les rédactions en chef, souvent en mal de moyens, se refusent à investir dans des spécialistes, eux-mêmes souvent plus tentés par les médias de niche, plus pointus.

Même constat pour la télévision. Là encore, elle est surtout victime du rythme propre aux médias. De plus, l’économie pose un problème : elle ne se prête pas à la présentation de bonnes images. Elle est donc relativement passée sous silence. Une grève avec des affrontements violents est intéressante pour la télévision, mais pas les conditions de travail au quotidien. D’abord parce qu’il est très difficile d’entrer dans les entreprises pour y faire des images, ensuite parce que l’on ne présente pas au journal de 20 heures ce que les gens vivent toute la journée… La télévision n’est pas seu­lement un moyen d’information, c’est aussi un divertissement. Or, le fond de l’économie est quotidien et ennuyeux.

Ce « mauvais traitement » de l’économie conduit-il toujours à un alignement sur les discours officiels ? Non, plutôt sur les dis­cours convenus, d’où qu’ils viennent. Lors des débats autour du traité instituant la Communauté européenne (tce), par exemple, une grande partie des partisans du non ont jugé que les médias étaient partisans du oui, et dans un certain sens, l’apparence du discours médiatique, dans sa parole d’autorité, allait dans ce sens. On se souvient des chroniques de Bernard Guetta sur France Inter, prêchant chaque matin en faveur du traité au point de donner envie de voter non. Mais, au même moment, dans son journal de huit heures, Patrick Roger répétait « Bruxelles a décidé de… » sans que l’on connaisse la position du gouvernement français sur la question. Dans les faits, ne déléguait-il pas certaines mesures impopulaires à la Commission pour éviter de les endosser ?… Le fond du débat médiatique était donc classiquement antieuropéen, populiste et autocentré, sans que la complexité des questions européennes ne soit jamais développée. Bien souvent, les médias n’ont pas accom­pli leur travail, ni dans un sens, ni dans l’autre.

Au fond, selon la position sociale que vous occupez, vous avez droit à une bonne information ou non. Ceux qui ont besoin, pour maintenir leur position sociale, d’une information économique et sociale de qualité, ceux qui sont en position de rendre des arbitrages et de décider, ont globalement encore accès à une information assez bonne. La multiplication des sites Internet spécialisés renforce encore leur capacité à la maîtriser. En revanche, ceux qui ne sont pas en situation de demande et qui subissent le flux des informations, sont exposés à une information économique et sociale assez insatisfaisante.

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